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 Un discours qui en dit (toujours) long

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Albaroc



Nombre de messages : 339
Date d'inscription : 24/07/2008

MessageSujet: Un discours qui en dit (toujours) long   Jeu 16 Oct - 17:03

Emile HENRIOT fut un immense poète, un immense journaliste, romancier et critique « tourmenté par le besoin de croire sans jamais y parvenir…soucieux de prolonger un instant de joie par le souvenir plus doux que l’instant lui-même, et par l’imaginaire, plus durable que la réalité…

Il a prononcé, quelques semaines avant sa mort en 1961, un discours pour la réception de M. HUYGHE , autre pointure de l’Histoire et de la Critique d’Art, à l’Académie Française.
Un demi siècle après, ce discours intitulé : « Le visible et l’au delà du visible » n’a rien perdu de sa lumière et s’avère répondre aussi à la question : L’œuvre d’Art porte-t-elle un message ? »…
Nous enjoignons instamment les adeptes de l’AMATEURISME
A « zapper » la suite.
Quant aux vrais amateurs, la suite les confirmera dans leur choix.

« LE VISIBLE ET AU DELA DU VISIBLE
Oui, l’art plastique, sculpture ou peinture, est domaine du visible. Et quand l’art est supérieur, ou quand il remplit seulement sa mission, ce qu’il donne à voir est doublé d’une part d’invisible, qui autant qu’à regarder donne à penser. A quoi fait penser un tableau : à ce qu’il y a de non dit, contenu dans sa profondeur, son épaisseur et ses dessous ; sa percussion, sa densité, sa vitesse même, car plus d’un tableau nous emporte ; le mystère Van Eyck, le mystère Jérôme Bosch, le mystère Rembrandt, le mystère Goya, le mystère Manet ; le cours de la pensée intime de Vinci quand il enchevêtrait, nouveau Dédale, les méandres de bois et de feuillages dans son fameux plafond du palais Sforza à Milan ; ce que Dürer avait dans la tête quand il assemblait sur le cuivre les raisons de sa Mélancholie ; la patiente poursuite chez Ingres, du beau idéal à travers les beautés les plus matérielles ; l’appétit de grandeur de Delacroix.

Au delà du visible il y a toujours ce quelqu’un de caché dans l’éternelle et vibrante « aura » des grandes œuvres, comme dans les livres, au-delà du roman, du poème, il y a souvent Stendhal, Flaubert ou Baudelaire, dont la présence importe parfois plus que ce qu’il dit ; il y a plus à rêver devant les tableaux que devant les livres. Les livres, en principe, disent tout ce qu’ils contiennent, c’est leur raison d’être. Il n’est que de les lire avec attention pour saisir, pour percevoir ce que leur monologue nous apporte, quitte à relire le passage obscur ou équivoque. Le dialogue, en effet, est avec l’œuvre d’art, avec ce que l’auteur y a mis, qu’on ne cesse pas d’interroger, qu’il faut toujours interpréter, pour trouver ce qu’il y a d’humain sous son immobile et silencieuse fixité et dans sa capacité de durer devant le regard passager du regardant.

Le beau, ce n’est pas nécessairement la mince Vénus « esquiline », ou celle de Syracuse, plus puissante ; ni les innombrables nudités couchées du Titien, de Vélasquez, de Delacroix, de Chassériau, de Corot lui-même, ni Les Trois Grâces de Rubens, ou les insolentes Demoiselles du Bord de la Seine ; ni les impeccables portraits d’Ingres, ni La Marseillaise de Rude ou Le Génie de la Danse de Carpeaux. La beauté n’est plus celle des sujets qui ont fourni un modèle digne d’admiration et de rêverie ; elle est dans la façon que le peintre a eu de représenter le plus triste, le plus disgracié. La beauté, ce peut être la pauvre Bethsabée croulante et émouvante de Rembrandt, ce peut être une folle de Géricault, une simple chose promue au degré supérieur de l’art – un pomme, un quartier de bœuf, un plat d’huîtres ; ce peut être une horrible fille de Lautrec ou l’Olympia peu désirable de Manet…Le beau, c’est peut être seulement la vie surprise au plus bas degré, mais vivante, ce peut être le caractère.
Ainsi conçu, le beau, c’est ce qui fait frémir, à la pointe extrême du vrai, quand le génie s’est trouvé là pour le capter, et, le regardant, assez libre pour y retrouver sa plus franche image.

Un tableau apporte d’abord un message. Objet de communication entre l’auteur et le spectateur (qui à la longue et s’il le mérite devient son complice)- il est dessin, forme, couleur, lumières et images. Chacun de ces moyens a sa propre signification. Le dessin est pour délimiter le contour, séparer l’objet de l’espace où il se confond, et comme découpé, en faire cette cible que vous avez dite pour les primitifs chasseurs des cavernes. La forme est pour indiquer l’épaisseur et la perspective ; la couleur pour traduire l’impression sensuelle ou affective qu’apporte l’image de la chose représentée ; la lumière est pour noyer le sujet ou ladite chose dans l’atmosphère éblouissante où elle baigne. Les images ainsi produites sont pour suggérer, au delà de la réalité immédiate, les allusions, la rêverie, les thèmes de poésie ou d’allégorie dont a pu la charger l’artiste, à la fois voyeur et rêveur. Ce sera l’évanescence glaciaire de Vinci, les sensualités coloristes de Delacroix, le calme adorable et rassérénant de Corot, la pureté, la grâce et l’absence de mensonge de Chardin.
A l’autre extrémité, ce seront les diableries de Jérôme Bosch, la violence ricanante d’Ensor, la force destructive et déformatrice de Picasso, qui, d’ailleurs, parfait mimétisme, ne fait avec une surprenante agilité, que recommencer ce qui a été fait par les déformateurs étrusques, les monstrueux illustrateurs des bestiaires du Moyen Age, les sculpteurs de masques polynésiens ou le linéaire M. Ingres. Ce seront les peintures abstraites, sans autres soucis que d’effets de couleurs, de formes étranges ne signifiant rien, et qui pourtant retiennent l’attention, comme tous les jeux où l’esprit se trouve mis à la devinette.

Et après tout, l’art abstrait, non figuratif, pourquoi pas, du moment que l’on a commencé à tout admettre – mais quel jour, à quelle heure, à quelle minute commencent les révolutions ? – Pourquoi pas, s’il y a du talent, couleurs entre elles singulièrement contrastées ? Pourquoi pas s’il y a sinon dessin- jeu de lignes, courbes, formes inédites, mouvements qui, hors de tout sujet, intriguent l’esprit, le dérangent de ses habitudes et l’emmènent ailleurs ?..... "
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