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 Eduquer le regard

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Albaroc



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MessageSujet: Eduquer le regard   Sam 18 Oct - 16:30

Un certain Luc Benoist, historien et critique d’Art du siècle passé, affirmait à qui voulait le lire…que « l’éducation du regard » était l’une des principales « clefs de l’art » …

Nous avons tous appris à lire et à écrire, mais nous n’avons jamais appris à voir, n’estimant pas, à cet égard, qu’une initiation fût nécessaire. Aussi a-t-on constaté que le visiteur ordinaire d’un musée n’arrête pas son regard sur le plus beau tableau du monde pendant plus de cinq secondes. Et nous ne prêtons pas plus d’attention aux monuments célèbres ou aux paysages prestigieux que nous rencontrons en voyage. Nous ne soupçonnons pas que devant ces objets, ou ces spectacles notre regard ait une habitude à prendre, un art à exercer, un plaisir à recevoir ; et qu’à partir du moment où nous en comprendrons la nature, la signification et le but, nous commencerons à les rechercher pour eux-mêmes et à les aimer.

…………L’œil, comme un poète, crée journellement de nouvelles métaphores. Car, dans ce domaine de l’art, comparer constitue un moyen habituel de connaissance. Sans cesse notre regard va d’un objet à l’autre et, cette comparaison nécessaire, nous souhaitons la favoriser et la commenter. Nous espérons susciter l’exercice d’un choix parmi les images d’un monde qui nous offre tous les spectacles adaptés à nos états d’âme, à nos imaginations, à nos rêves.
L’œuvre d’art est le meilleur moyen de nous apprendre à faire ce choix, puisque l’artiste a déjà choisi pour nous. Il nous apprend à voir comme lui.

…………………………………………. Le grand artiste est celui qui satisfait tous les besoins de l’œil, de l’âme et de l’esprit…Il doit trouver le motif qui comble, remplisse, magnifie ou sublime exactement son dessein. A la cime de l’art, les chefs-d’oeuvre nous proposent les réussites les plus difficiles, celles où l’émotion est provoquée à la fois par le symbole, l’image et le métier. Elles nous offrent un modèle de ce qu’il y a de plus exaltant au monde comme programme de vie :la coïncidence du travail et du plaisir. Tant il est vrai, selon le mot de Keats, qu’une œuvre parfaite, après avoir été la passion de son créateur, est « une joie pour toujours »... Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven
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patrick



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MessageSujet: Re: Eduquer le regard   Dim 19 Oct - 3:12

Plus je lis vos posts et plus j'en apprends. Merci a vous.
Je ne reponds pas a chaque fois, mais je viens regulierement lire vos écrits car en ce moment, j'ai peu de temps a passer devant l'ordi.
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SantoniA



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MessageSujet: Re: Eduquer le regard   Jeu 10 Déc - 13:26

Citation :
Albaroc Sujet: Eduquer le regard Sam 18 Oct - 23:30.

………… Le grand artiste est celui qui satisfait tous les besoins de l’œil, de l’âme et de l’esprit…Il doit trouver le motif qui comble, remplisse, magnifie ou sublime exactement son dessein. A la cime de l’art, les chefs-d’oeuvre nous proposent les réussites les plus difficiles, celles où l’émotion est provoquée à la fois par le symbole, l’image et le métier. Elles nous offrent un modèle de ce qu’il y a de plus exaltant au monde comme programme de vie :la coïncidence du travail et du plaisir. Tant il est vrai, selon le mot de Keats, qu’une œuvre parfaite, après avoir été la passion de son créateur, est « une joie pour toujours »

Connaissez-vous Roméo AGLIETTI ?
Il fut l'un des nombreux peintres à la mode de son temps. C'était un maître de l'école d'Alger. Descendant d'une famille de florence qui a quitté l'Italie vers 1860. Roméo a trois ans quand son père meurt à l'hopital Mustapha. En 1882, Parti en Corse, il perd sa mère lorsqu'il a sept ans, et il ressentira un grand sentiment d'abandon. Solitaire, à 18 ans, il se met à dessiner, un oncle s'attache à lui et il l'emmène à Tlemcen dans l'atellier de Gustave Simoni, artiste italien dont la carrière se partage entre l'Italie et l'Algérie, et Roméo découvre la peinture. Simoni le dirige à Alger dans l'atelier de Georges Rochegrosse.

El Biar, glycine



La Bouzaréah



Après les évènements de Sétif en 1945, il n'utilise plus de panneaux mais des toiles, car disait-il, il sera plus aisé de les rouler, quand les Algériens nous mettront dehors.

En 1956, dès qu'il eut disparu, le contenu de son atelier fut dépouillé. La police refusa de se déplacer car, dans le climat de tension de l'époque, elle ne fera aucune enquête.

En juin 1962, sa fille refuse de quitter Alger sans les oeuvres de son père, les panneaux serviront de fond pour la fabrication des valises, les toiles seront roulées et embarquées.

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Albaroc



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MessageSujet: Re: Eduquer le regard   Jeu 10 Déc - 16:13

.

Bonsoir SantoniA,

Non, je ne connaissais pas le peintre Roméo AGLIATTI.
Au vu de ces deux reproductions que vous nous présentez, je ne peux que convenir, même si je n’ai pas consulté mon conseillé artistique, que c’était un maitre paysagiste qui a su évoquer, au début du siècle dernier , dans des compositions rigoureuses, non seulement des lieux particuliers, mais avant tout cet air saturé de bleu où les plans s’échelonnent en valeurs de plus en plus claires en allant vers l’horizon.
Contradiction déconcertante de l’art de la peinture ou la chaleur s’exprime par la couleur dominante la plus froide : le bleu !

Merci AntoniA pour ce voyage dans ces lumières de notre mémoire qui ont inspiré de nombreux grands artistes.



sunny sunny sunny sunny sunny sunny sunny sunny sunny sunny sunny sunny sunny sunny sunny sunny sunny sunny sunny sunny
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SantoniA



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MessageSujet: Re: Eduquer le regard   Sam 19 Déc - 6:18




Bonjour mes amis

Que pensez-vous de l'orientalisme Question



J'aime l'orientalisme qui dans un premier temps est plus une source d’inspiration iconographique qu’un ensemble de techniques.

Gérôme est tombé un peu dans les oubliettes mais c'est un très grand peintre [Jean-Léon Gérome (1824-1904)] qui connut la gloire à 25 ans. Il propose une vision orientale authentique, constatée de visu, mais seulement pour l'architecture et les accessoires. C'est un homme qui a beaucoup voyagé en Orient et en Algérie.

L'Algérie a inspiré de nombreux peintres qui y ont trouvé un magnifique champ d'investigation.

Beaucoup de peintres dont GEROME ont peint des femmes qui n’étaient que le fruit de leurs fantasmes, explique Fatima Mernissi, une essayiste marocaine qui a publié un très beau livre sur ce thème, Le Harem et l’Occident.

Jean-Léon GEROME poursuit la tradition orientaliste en peinture en ajoutant une virtuosité extraordinaire dans l’exécution des oeuvres et de leurs détails. Un voyage en Egypte en 1856 lui permet de reproduire avec un réalisme proche de la photographie la vie intérieure du sérail, et en particulier des scènes de femmes aux bains et leurs servantes, pour lesquelles il s’est assuré une réputation sans égale.

Gérome est également célèbre pour son opposition radicale au mouvement impressionniste qui émerge après 1860.








Il est malheureusement peu représenté dans les musées français. On trouve certaines de ses toiles dans les musées d' Elmira, Boston, Cincinatti, NY, Baltimore et Rochester.


Mes amitiés
SantoniA


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Mohammdia



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MessageSujet: Re: Eduquer le regard   Mer 23 Déc - 4:12

Mme Santonia,
C'est de la peinture imaginaire. Je n'ai jamais vu d'arabes habillés comme ça. Même sur des photos anciennes...La couverture ou le tapis par terre me semble bizarre aussi.
Des turcs peut être?...



Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven
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SantoniA



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MessageSujet: Re: Eduquer le regard   Mer 23 Déc - 16:08

Mohammdia

C'est dans un voyage en Egypte en 1856 que Gérôme reproduit avec un réalisme proche de la photographie la vie intérieure du sérail, et en particulier des scènes de femmes aux bains et leurs servantes, pour lesquelles il s’est assuré une réputation sans égale.

Mais Monsieur Albaroc vous éclairera mieux que moi.
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Albaroc



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MessageSujet: Re: Eduquer le regard   Ven 25 Déc - 16:38

C’est exact. Les personnages de Gérôme ne sont ni des arabes, ni des turcs mais des français déguisés en « orientaux » ; car Gérôme évoque des visions orientalistes qui ne sont pas aussi authentiques qu’on voulait bien le dire.
Fatima Mersini a raison : Gérôme peint souvent des européennes dans des attitudes « classiques », des poseuses à la gestuelle théâtrale dans un décor plagiant des fragments d’architecture néo-arabe excitant la fibre exotique des bourgeois de la fin du XIXe.
Cette version « orientaliste » s’appuie sur un style académique soucieux de présenter des « anatomies » à la mode gréco-romaine revisitée par Ingres.
En lieu et place des très historiques ou mythologiques tableaux pompiers nous suivons une « caméra cachée » dans les soi-disant sérails d’Egypte ou d’Afrique du Nord.
Sûr que nos orientalo-académiques regardaient avec hauteur les recherches nouvelles des Impressionnistes en quête d’un réalisme plus authentique en sortant de l’atelier pour « aller sur le motif »…
L’Algérie a inspiré effectivement beaucoup d’artistes- peintres célèbres : Delacroix, Ingres, Chassériau, Fromentin, Liotard, Renoir, Matisse etc…

A mon avis, celui qui s’est réellement intégré afin de peindre « chez l’habitant » c’est Etienne DINET.

Que pensez-vous, Santonia, de cet ancien élève de Bouguerau qui s’est installé à Bou-Saada pour entrer en sympathie avec le petit peuple arabe qu’il a su représenter avec sincérité et un grand métier, sur des toiles au charme et à la vérité extraordinaires saluées par son ami le poète arabe Slimane Ben Ibrahim ?
Les connaisseurs du début du XXe surnommaient cet Etienne DINET devenu Nasreddine DINET : le peintre arabe…
Est-ce pour cette raison que nombre d’historiens et de critiques « oublient » souvent de le citer dans leurs éditions ?…
Il semble me souvenir qu’il est présent au Musée d’Alger et au Musée Demaegh d’Oran, et dans les musées du Luxembourg, de Pau et de Sydney.
O ! Combien nous serions heureux que SantoniA nous dise quelques mots de cet orientaliste plus vrai que nature, à l’appui de quelques images dont elle a le secret !!!….



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SantoniA



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MessageSujet: Re: Eduquer le regard   Mar 29 Déc - 12:07

Monsieur Albaroc
Citation :
Nous avons tous appris à lire et à écrire, mais nous n’avons jamais appris à voir, n’estimant pas, à cet égard, qu’une initiation fût nécessaire.

C'est malheureusement vrai.


Citation :
L’Algérie a inspiré effectivement beaucoup d’artistes- peintres célèbres : Delacroix, Ingres, Chassériau, Fromentin, Liotard, Renoir, Matisse etc…
A mon avis, celui qui s’est réellement intégré afin de peindre « chez l’habitant » c’est Etienne DINET.
Que pensez-vous, Santonia, de cet ancien élève de Bouguerau qui s’est installé à Bou-Saada pour entrer en sympathie avec le petit peuple arabe qu’il a su représenter avec sincérité et un grand métier, sur des toiles au charme et à la vérité extraordinaires saluées par son ami le poète arabe Slimane Ben Ibrahim ?
Les connaisseurs du début du XXe surnommaient cet Etienne DINET devenu Nasreddine DINET : le peintre arabe…
Est-ce pour cette raison que nombre d’historiens et de critiques "oublient" souvent de le citer dans leurs éditions ?…

Il est vrai que l'ensemble des artistes ayant, à cette époque, représenté l'Orient n'ont pas obligatoirement voyagé dans les pays du Moyen-Orient. Cependant, la majorité des peintres dit orientalistes tels que Delacroix et d'autres ont entrepris de longs voyages dans les pays du Maghreb pour en rapporter de nombreux carnets de croquis. Croquis dont-ils se servirent pour la composition de leurs peintures une fois revenu au pays.

Comme vous le dites Étienne Dinet abandonne le registre de ses premiers thèmes, surtout le nu, pour se consacrer à explorer la condition humaine des bédouins, et pour cela il va s'intégrer chez l'habitant. Sa peinture traduit à la fois l'âme de son modèle et les couleurs locales vibrant sous la lumière saharienne. Il en résulte une œuvre esthétique et humaine.
C'est la bourse pour l'Algérie qu'il obtient en 1884 au Salon des Arts plastiques du Palais de l'Industrie, pays qu'il avait déjà visité en 1883, qui va changer son destin. Il restera en Algérie cinq ans.

A son retour à Paris en 1889, il présente à l'Exposition Universelle une série de toiles réalisées à Bou-Saâda, ce qui lui vaut une médaille d'argent. Subjugué par la magnificence du Sud algérien, il entreprend en 1905 un autre voyage, et s'installera à Bou-Saada la cité du bonheur, pour y vivre définitivement.






Avec l'aide de son ami Slimane Ben Brahim Baâmar, il parcourt le désert et se familiarise avec les tribus nomades et bédouines, découvrant la tradition arabo-berbère. Ce qui le poussera à aimer puis à se convertir à l'Islam en 1913 en devenant Nasreddine Dinet.





On peut imaginer son premier contact avec cette nature où son regard de peintre était soudain saisi par un paysage inaccoutumé fait de vert sombre et d’ocres vifs.

Il se fait croyant et militant. Il s'appellera désormais Nasr-Eddine Dinet. C'est la rupture avec son milieu et sa famille. Mais cette rupture était en fait déjà consommée par le militant.

On sent le chant des couleurs qui a monté dans son âme d’artiste, lorsqu’il gravit -pour la première fois- ce raidillon qui conduit, de l’autre côté de l’Oued, à l’endroit où se trouve aujourd’hui son mausolée. Et sa minute d’extase quand son regard découvrit de là un plus large horizon.

D’abord le lit de l’oued où les entonnoirs qui gardent l’eau après chaque pluie mettent ça et là des tâches vertes sur son fond fauve rocailleux.
Plus haut, la couronne plus sombre de la palmeraie qui s’étage en face.
Au sommet, cette ligne fauve des maisons de toub du vieux Bou-Saada. Et par une brèche au sud de l’oasis, l’étendue imprécise qui se perd dans le lointain d'où vient l’appel qui saisi tant d'âmes.




"Ne commets pas le pêché d'avarice, o Raouacha ! Le créateur t'a généreusement comblé d'exquises beautés, crois-tu que ce soit pour les dissimuler à tous les regards ? Le brodeur habile et patient, qui fait étinceler sur le cuir ou le velours des bouquets de fleurs d'or, se donnerait-il toute cette peine, si son oeuvre ne devait recevoir l'admiration du soleil et des yeux de la foule !
Mais il sait qu'elle resplendira devant eux sur les gestes du cavalier intrépide ou sur les selles et les harnachements des vainqueurs de l'air". Etienne Dinet, Mirages



Il n'est pas seulement un peintre dont la vocation puissante va se réveiller ici. Il n'est pas seulement le poète qui s’abandonne à l’envoûtement d’un mystérieux appel. Il est tout cela. Il est aussi beaucoup plus. Dans l’oasis, il y a une vie humaine qu'il découvrira en parcourant ses ruelles tortueuses. Cette vie a ses propres couleurs, qui parlent aussi au poète, au peintre. Dinet restera le pinceau qui a donné à ces formes et à ces expressions l’accent le plus touchant. Son nom restera celui du meilleur peintre de la vie du Sud.

La rencontre avec cet Eden, en réalité inespéré, était ce qui pouvait arriver de mieux alors à Dinet. Sans doute, n’aurait-il pas été homme à conduire les rudes batailles contre le conservatisme des institutions académiques dont pâtirent des génies tels Paul Cézanne ou Vincent Van Gogh. Gauguin s’en alla aussi, mais pour d’autres raisons que celles de Dinet dont la découverte de l’Algérie sera une passion et une initiation, un accomplissement identitaire en fait.

Dinet fût lui-même à partir du moment où il découvre Bou Saâda. La ville, ses lieux les plus symboliques, sa population autochtone sont la révélation qui va accélérer chez lui le processus de la création qui, peut-être, était en attente du coup de pouce du destin. Dinet s’installe à partir de ce moment-là dans une algérianité que confortera sa conversion à l’Islam.

Cet esprit rationnel avait trouvé un chemin de lumière que la vieille Europe, austère et chagrine, ne savait plus offrir sauf à fabriquer la révolte humaine et sociale. Aujourd’hui, l’itinéraire de Dinet est exemplaire d’un raccord avec une actualité qui se focalise sur le dialogue des civilisations. Quelle est pourtant la place de cet artiste dans le pays qu’il avait choisi et qu’il avait si admirablement décliné dans son œuvre peinte ou romanesque ?









"Elle s'appelait Nakhla, son sourire était doux comme l'aurore et dans Bou-Saada on enviait celui qui possèderait cette rose parfumée. Dans les vers qu'ils chantaient en son honneur, les poètes disaient:
O Nakhla, ta beauté resplendit comme le soleil ! Retire-toi, car deux soleils dessècheraient le monde".
Etienne Dinet, Le printemps des coeurs








"Bou-Saada mérite son nom plein de promesses; si le paradis est dans le ciel, certes il est au-dessus de ce pays, s'il est sur terre, il est au dessous de lui.
Ses femmes sont charmeuses par leurs paroles et leur beauté; coquettes dès leur premier âge, elles savent se parer, chanter et danser à ravir la raison..."
Etienne Dinet, Le Désert


Nul hommage ne lui est rendu et cela conduit à une occultation d’un itinéraire que la mémoire collective est en droit de s’approprier. Il reste pourtant l’association intangible des noms d’un peintre et d’une ville. On ne peut citer Dinet que pour en reférer à Bou Saâda, cette cité où s’incarnent les vertus, familières aux Algériens, de l’hospitalité et de la tolérance. Bou Saâda accepta Dinet car sans doute l’artiste ne posa pas sur la ville le regard de l’autre. Elle le reconnut comme l’un des siens.


S'étant converti, il a pris parti en devenant un militant contre le colonialisme, ce qui lui a valu des inimitiés. Et cependant, l'Algérie ne rend pas à Dinet les honneurs qui devraient lui revenir. Il ne reste plus à Dinet que son mausolée maintenant séparé du reste par un mur sans crépissage. Et dans quel état ?




Un joli poème du regretté Jean Cianfarani, écrit en 1963

Les Colonialistes

Voilà un an déjà, sur les quais de Port-Vendres,
Je regardais songeur, des larmes plein les yeux,
Un bateau accoster ... et j'en ai vu descendre
De gros capitalistes, des jeunes et des vieux...
Les Comités d'accueil étaient déjà en place
C'est grand, c'est généreux, je le savais, la France
La Croix-Rouge, était là ... d'officiels pas de trace,
A part les CRS, mais sans armes, nuance...
Il y avait aussi, pour accueillir ces hères,
Le Secours Catholique, une Oeuvre d'Israël,
Mais j'ai cherché en vain d'un fameux Ministère,
Quelque représentant ... Incroyable et réel !
je les ai vus descendre du bateau de l'exil,
Ces gros capitalistes ... avec pour tout bagage
Qui, un vieux chat pelé, qui une vieille cage,
Et les plus fortunés un tourne-disque à piles
Je les ai vus descendre comme un troupeau vendu
Je les ai vus parqués, dans les halls, sur les quais.
Je les ai vus pleurant, certains à moitié nus,
Ces gros capitalistes... dont on a tant parlé.






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